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Le Caire, vers le milieu des années 1960. Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.


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Dans le Reading Challenge 2016, il y a une rubrique intitulé « Un livre d’un auteur originaire du Moyen Orient » et je dois avouer que j’ai vraiment eu du mal à trouver. Au départ je m’étais décidé pour Le quartier américain de Jabbour Douaihy mais impossible pour moi de rentrer dans l’histoire et de continuer ma lecture. Du coup j’ai choisi Karnak Café et je ne regrette absolument pas parce que je l’ai eu lu en une matinée et que j’ai bien aimé.

Concernant l’histoire, tout est presque dit dans le résumé. Après leur première arrestation, Hilmi, Ismaïl et Zaynab vont être ébranlé dans leurs certitudes mais en plus de cela ils vont être arrêtés de nouveau à deux reprises sous d’autres prétextes fallacieux. L’un d’eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l’armée égyptienne… Ecrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l’affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision. Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d’une Egypte en train de perdre ses repères.

J’ai beaucoup aimé l’idée de situer l’action dans un café, lieu public par excellence et donc témoin de toutes sortes d’existences, qui donne à la violence politique une sorte d’anonymat qui la rend universelle. Naguib Mahfouz nous livre une réflexion synthétique sur le pouvoir, la corruption, et les dérives du président Nasser. Sa plume acérée et sa capacité à cibler de façon assez foudroyante ce qu’il met en cause, les sources de la révolution et ses excès  font de ce court texte un manifeste assez virulent contre toute forme de violence et un témoignage des difficultés de l’Egypte à s’adapter au monde moderne. Les thèmes de l’humanité, de la liberté, de la construction de soi dans un pays en révolution sont au centre de ce roman. La fin de Karmak Café laisse la porte ouverte sur l’avenir mais j’aurai quand même aimé en savoir plus sur l’évolution de nos personnages.

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