Et que ne durent que les moments doux [Virginie Grimaldi].

Auteur : Virginie Grimaldi

Date de sortie : 2020

Edition : Fayard

Nombre de pages : 346 pages

Genre : Contemporain

L’une vient de donner naissance à une petite fille arrivée trop tôt. Elle est minuscule, pourtant elle prend déjà tellement de place. L’autre vient de voir ses grands enfants quitter le nid. Son fils laisse un vide immense, mais aussi son chien farfelu. L’une doit apprendre à être mère à temps plein, l’autre doit apprendre à être mère à la retraite. C’est l’histoire universelle de ces moments qui font basculer la vie, de ces vagues d’émotions qui balaient tout sur leur passage, et de ces rencontres indélébiles qui changent un destin.


Booktrotteur

✶✶✶✶/5

« J’ai beaucoup d’amour à donner, mais plus personne pour le recevoir. Toutes les nuits, je fais des câlins à mes souvenirs. »

Ce livre rend hommage à toutes ces mamans qui dédient leurs vie au bonheur de leurs enfants, mais aussi au personnel hospitalier bienveillant du service de Néonatalogie. Je n’ai pas d’enfants et pourtant j’ai été touché par les parcours de ces femmes.

Élise Duchêne, 50 ans et divorcée, vit mal le départ de ses enfants de la maison. Charline, 23 ans, habite à Londres avec son copain Harry et est enceinte. Thomas, 19 ans et hypersensible, vient d’aménager à Paris pour ses études. Malheureusement, il n’a pas pu amener son chien Édouard car son appartement est trop petit. Ce dernier est donc resté avec Élise mais il est en dépression depuis le départ de son maître. Oui oui un chien dépressif, vous avez bien lu. Édouard est un membre à part entière de leur famille. Élise se définit comme mère à la retraite. Elle a consacré les 23 dernières années de sa vie à ses enfants, qu’elle aime inconditionnellement. Elle ne le regrette absolument pas, elle est même nostalgique de ce temps là mais elle se rend vite compte qu’elle ne connaît plus ses propres goûts. Se retrouver toute seule c’est l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes, de se créer de nouvelles habitudes, de se retrouver,.. Elle s’inscrit donc à des cours de danse africaine et elle devient bénévole au service de néonatalogie à l’hôpital. Le moment est venu de penser à elle et de commencer un nouveau chapitre de son histoire.

« L’âge est une prison. Je refuse de me laisser enfermer. Il y a des vieilles de vingt ans, moi je suis une jeune de soixante ans. »

Élise se rapproche de plus en plus de sa collègue Nora et cette dernière lui présente la professeur de danse africaine Mariam. Nora dévore la vie à pleine dent et a tendance à réfléchir après avoir agi. Elle sort avec leur autre collègue Olivier. Mariam, presque 60 ans, a été mariée pendant 15 ans mais elle n’a jamais voulu d’enfants. Elle n’aime rien de plus que sa liberté et elle ne supporte pas les contraintes. Toutes les trois ne se cherchaient pas mais elles se sont bien trouvées. Madame Madinier, la responsable d’Elise et de Nora, a un avis sur tout et n’est pas très aimable. Madame Di Francesco, qui habite l’immeuble d’Elise, adore faire des blagues. Elle a perdu son mari, son fils et son autre mari.. Je dois avouer qu’elle m’a beaucoup touché. Puis il y a Jean-Louis, le grand chauve, qui est également bénévole en néonatalogie. Il avait des jumeaux. Son fils a passé deux mois en néonatalogie, le second est décédé juste après sa naissance.. Jean-Louis a eu une leucémie et depuis, il dit toujours ce qu’il pense. Il complimente Élise, il lui fait des avances et il l’invite même à sortir. Finiront ils par tomber amoureux ? On ne le saura pas.

Lili, presque 30 ans, vient de mettre au monde un bébé. Elle a accouché prématurément, à tout juste 7 mois de grossesse. Sa Wonder Baby a directement été amené au service de néonatalogie à cause d’une immaturité de ses poumons, d’une détresse respiratoire due à une MMH, maladie des membranes hyalines. Lily culpabilise. Il faut dire que sa belle mère ne l’aide pas puisqu’elle lui reproche de ne pas avoir arrêté de travailler. Elle a perdu sa mère lorsqu’elle avait 13 ans et elle a un frère, Valentin. Elle a rencontré son compagnon au travail trois ans plus tôt, au service administratif d’une agence de voyage. Ce dernier est incapable de s’opposer à ses parents. Il a trop peur de les décevoir. Il est lâche et il a tendance à garder son ressenti pour lui. Mais Il fini par se rendre compte qu’il a sa propre famille maintenant.

« Tu n’étais pas censée naître avant d’être prête. Je n’étais pas censée être mère avant de le devenir. »

Je ne connaissais absolument rien sur la néonatalogie avant aujourd’hui. Le personnel soignant de ce service est bien mis à l’honneur dans ce roman. Le docteur Bonvin, le docteur Malois, la psychologue Eva, les sages-femmes, les puéricultrices Florence et Estelle, les bénévoles qui font office de câlineurs lorsque les parents ne sont pas présents, l’auxiliaire de puériculture Laëtitia,.. Toutes ces personnes offrent à pleins de familles leur dévouement et leur droiture. Malheureusement la générosité et la délicatesse ne sont pas forcément fournis avec la blouse blanche. L’empathie ne s’apprend pas. Ici, nous avons l’interne désagréable, mais dans la vie réelle ça peut être un docteur, une secrétaire,.. Ce métier est loin d’être facile et la plupart le font par vocation. Si on s’attache, on souffre. Si on ne s’attache pas, on peut devenir insensible aux familles à force de mettre des barrières. Le manque de personnel et de moyens est également mentionné. Virginie nous parle aussi de chambre mères/enfants et de la salle des famille qui est le refuge des parents dans les moments difficiles. Nous y rencontrons Leïla, la maman des triplés, qui est positive, souriante et qui adore faire de la pâtisserie. Puis il y a Sophie, la maman de Clément, au regard noir. Et Frédéric, le papa de Milo. Lili, Leïla, Sophie et Clément se sont rencontrés sans carapace. Ils se sont livrés, dévoilés, entraidés,.. Leurs épreuves similaires les ont liés à vie. Tellement qu’ils gardent contact avec leur rendez-vous annuel devant l’hôpital.

J’ai beaucoup reconnu ma mère en Elise. Les inquiétudes constantes, les nombreux textos qu’elle envoie à ses enfants parce qu’il y a de gros orages ou pour savoir s’ils vont bien, le stress quand ils ne répondent pas tout de suite,.. Peu importe notre âge. On sera toujours les bébés de nos mamans. J’en sais quelque chose. Difficile de voir ses enfants comme des adultes. Je me suis beaucoup reconnue en Lily. Elle déteste les conflits, elle déteste faire de la peine, elle déteste mettre les gens mal à l’aise. Elle est extrêmement polie, elle se décale quand quelqu’un marche face à elle sur le trottoir, elle ne dit jamais qu’un plat est pas bon au restaurant même si c’est le cas,.. C’est moi tout craché. Je pense et j’espère que je serai une mère comme elles si un jour j’ai des enfants. #onseressemblebeaucouptrop

« J’ai la joie de vous présenter votre petit deuxième : il s’appelle Angoisse. C’est un enfant vorace, qui se nourrit essentiellement de larmes, de peur et de colère, à tout heure, à tout endroit, il n’est jamais rassasié. Il souffre du syndrome d’abandon, il ne tolère pas qu’on le laisse seul, la nuit, le jour, il sera là, près de vous. »

J’ai été transporté et ému par les sentiments ressentis par nos deux héroïnes : La tristesse, la peur, la fatigue, la colère, l’angoisse, le désespoir, la solitude, la vulnérabilité, la culpabilité,.. La parentalité est abordée avec tellement de justesse. L’infertilité est mentionné. Je n’ai pas d’enfants mais je n’ai eu aucun mal à être touchée par ces femmes qui ont peur de perdre leurs enfants à tout moment, qui ont l’impression de ne pas avoir assez profité d’eux quand ils étaient à la maison, qui imaginent le pire à chaque appel, qui ressentent un vide quand leurs enfants prennent leur envol, qui vivent le baby blues, qui culpabilisent de ne pas avoir su mener à terme leur grossesse alors que ce n’est pas forcément leur faute,.. Les papas ne sont pas laissés de côté pour autant. Ils souffrent aussi.

Ce roman, Virginie Grimaldi n’avait pas prévu de l’écrire. Mais, dans une box de réanimation néonatale, elle a laissé libre cour à son imagination pour s’évader, pour penser à autre chose qu’à son fils branché à des machines. J’ai été ému par les remerciements. Les chapitres sont cours, ce qui rend la lecture très fluide. Les textos des enfants d’Elise rendent le tout encore plus réaliste. J’étais sur la bonne piste concernant les révélations de la fin mais les prénoms de nos héroïnes m’ont mis le doute et c’est très bien jouée de la part de l’autrice. A savoir ce que je sais maintenant, j’ai bien envie de recommencer ma lecture avec un œil différent. La référence à Retour vers le futur avec Doc et la DeLorean m’a vraiment fait sourire. Les noms de famille qu’elle a choisi pour certains personnages aussi (Duchêne, Bonvin, Laroche, Lapin,..) La conclusion est très belle mais elle me laisse avec un goût d’inachevé. J’aurai aimé en savoir plus sur les nombreuses années qui nous manque, sur le divorce d’Elise, sur sa possible histoire avec Jean-Louis, sur l’après sortie de l’hôpital pour Lily,.

« Une fois passés, les moments doux ne disparaissent pas. Quelque part, au fond de nous, ils durent pour toujours. On les appelle les souvenirs. »

En bref, je conseille ce roman à toutes les mamans mais pas que.. puisque je n’en suis pas une. Etre maman doit être le plus beau cadeau de la vie mais en même temps c’est difficile et chacune fait de son mieux. C’est très important de ne pas porter de jugement parce que ça peut faire souffrir celles qui n’ont pas confiance en elles. Idem pour les papas. On suit une maman retraité et une nouvelle maman. On a les deux cas de figures et c’est très important parce que nombreuses d’entre vous peuvent se reconnaître en elles. Merci Virginie pour ce très beau roman qui fait réfléchir sur la maternité.

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